Mieux équipé, moins auteur

Il y a deux ans, vous avez adopté un outil. Il vous a fait gagner du temps, vous l'avez gardé, puis vous avez cessé d'y penser. Aujourd'hui, l'utilisez-vous encore de la même façon ? Et surtout : savez-vous ce qu'il fait réellement à votre place ?

Les outils d'intelligence artificielle changent tous les six mois. Les questions qu'un dirigeant doit se poser, non. C'est pour cela qu'un guide des outils serait périmé avant d'être lu, alors qu'une réflexion sur ce qui ne bouge pas se relit encore dans cinq ans.

Maison au bord d'un bayou, porte entrouverte : héberger un outil d'IA sans lui laisser la maison

S'équiper n'est pas décider

On croit souvent que mieux s'équiper revient à mieux décider. Les deux ne vont pas toujours ensemble. Un outil ajouté, c'est du temps gagné sur une tâche. Mais chaque tâche confiée peut aussi emporter avec elle un petit morceau de décision : ce qui mérite d'être retenu, ce qu'on écarte, l'option qu'on place en premier.

Pris un par un, ces morceaux paraissent insignifiants. Accumulés pendant des mois, ils déplacent peu à peu l'endroit où se prennent les décisions. Le dirigeant est mieux équipé, et un peu moins auteur de ce qu'il signe.

Héberger ou habiter

Une image aide à y voir clair. On peut héberger un outil, ou habiter chez lui.

Héberger, c'est lui donner une place dans la maison, sous des règles que l'on a posées : ce qu'il peut faire, ce qu'il ne touche jamais, qui valide à la fin. L'outil rend service, et la maison reste la vôtre.

Habiter chez lui, c'est l'inverse. On s'installe dans ses réponses, on s'adapte à sa manière de présenter les choses, on finit par penser dans le cadre qu'il propose. Rien n'a été décidé, personne n'a dit oui, et pourtant ce n'est plus vous qui tenez la maison.

La différence ne tient pas à l'outil, mais à la façon dont on s'en sert. Le même assistant peut être un hôte bien tenu ou un propriétaire discret.

La question n'est pas ce que votre outil sait faire. C'est ce que vous ne sauriez plus faire sans lui.

Le test du retrait

Voici un exercice qui prend dix minutes.

Choisissez un outil d'IA que vous utilisez chaque semaine. Imaginez qu'il disparaisse lundi matin, sans remplaçant.

Écrivez ce que vous ne sauriez plus faire vous-même.

Relisez ensuite la liste. Si elle ne contient que des tâches (rédiger plus vite, résumer, trier), l'outil vous fait gagner du temps, et c'est très bien. Si elle contient une décision, l'outil fait peut-être déjà une partie de votre travail de dirigeant. C'est là qu'il faut regarder.

Il ne s'agit pas de renoncer à l'outil. Il s'agit de savoir, noir sur blanc, ce qu'on lui a confié, et de décider si on le lui confie en connaissance de cause.

Ce qui ne bouge pas

Quelles décisions méritent d'être améliorées par l'IA ? Où sert-elle vraiment ? Qu'est-ce qui ne se délègue jamais ? Comment rester l'auteur de ce que l'on signe quand tout pousse à la facilité ? Ces questions étaient valables avant les outils actuels, et le seront encore après eux.

Un dirigeant qui les a tranchées peut changer d'outil tous les six mois sans perdre le fil. Celui qui ne les a pas tranchées se retrouve, à chaque nouveauté, à recommencer de zéro.

Pour aller plus loin

Cet article prolonge Le Dirigeant Augmenté, un essai court et non technique pour rester l'auteur de ses décisions à l'ère de l'IA. Il se lit d'une traite, et se relit avant les décisions qui comptent.

Si l'idée vous parle, commencez par le prologue, en lecture libre.

Lire le prologue →

L'essai complet est présenté ici.

À lire aussi : Le jugement commence là où le calcul s'arrête.