Je viens de me faire avoir. Que faire maintenant ?

Protocole d'urgence après une arnaque par mail, SMS, appel, message ou courrier. Ce qui suit se lit dans l'ordre. Rien à installer, rien à créer, rien à payer, aucune inscription.

2. Que s'est-il passé ?

Les situations sont classées en trois familles, selon ce qui est réellement en jeu. Ouvrez la ligne qui correspond à ce que vous avez fait. Si plusieurs vous concernent, commencez par la plus grave.

A. Vos comptes et vos appareils

Le risque porte sur vos accès et vos données.

J'ai seulement reçu le message, je n'ai rien fait

Gravité faible. Si vous n'avez cliqué sur aucun lien, ouvert aucune pièce jointe, saisi aucune information et ne constatez aucun comportement anormal sur votre appareil, il n'y a en général rien à réparer. Vous pouvez souffler.

Deux réserves tout de même. Un message peut contenir un pixel invisible qui signale à l'expéditeur que vous l'avez ouvert : votre adresse est alors confirmée active, donc réutilisable. Et les logiciels malveillants entrent parfois par l'ouverture d'un message ou d'une pièce jointe, même si c'est devenu rare avec les messageries récentes. Si votre appareil se met à ralentir, à afficher des fenêtres inhabituelles ou à agir seul, traitez la situation comme la case « J'ai téléchargé, ouvert ou installé quelque chose ».

Maintenant

  • Ne répondez pas, même pour dire non ou pour vous désabonner.

  • Faites une capture d'écran montrant l'expéditeur.

  • Signalez le message, voir la section 4.

  • Prévenez l'organisme dont l'identité a été usurpée, par ses canaux officiels.

Dans la semaine

  • Supprimez le message, une fois les preuves conservées.

  • Prévenez vos proches si le scénario les concerne aussi.

J'ai répondu, ou j'ai rappelé le numéro indiqué

Gravité faible à modérée. Tant que vous n'avez rien communiqué, le préjudice reste limité. Mais vous venez de confirmer que votre numéro ou votre adresse sont actifs et que vous répondez. Vous devenez une cible qualifiée, et d'autres tentatives peuvent suivre, parfois mieux préparées.

Attention aux numéros surtaxés. Certains messages n'ont pas d'autre but que de vous faire rappeler un numéro payant. Vérifiez votre prochaine facture.

Maintenant

  • Bloquez le numéro ou l'expéditeur.

  • Notez ce que vous avez dit exactement, même si cela vous semble anodin.

  • Signalez le numéro au 33700, voir la section 4.

Dans les jours qui viennent

  • Traitez tout appel entrant inattendu comme suspect, surtout s'il évoque cet échange.

  • Contrôlez votre facture téléphonique.

J'ai cliqué sur un lien, ou scanné un QR code, sans rien saisir

Gravité faible à modérée. Un clic seul ne vide pas un compte. Le danger vient presque toujours de ce qui se passe ensuite : une page qui vous demande des informations, ou un fichier qui se télécharge. Une page malveillante peut plus rarement exploiter une faille du navigateur, d'où l'intérêt de le maintenir à jour.

Dans les minutes qui suivent

  • Fermez l'onglet sans rien remplir.

  • Ouvrez le dossier « Téléchargements » de votre appareil et vérifiez qu'aucun fichier n'est arrivé.

  • Si un fichier a été téléchargé et que vous l'avez ouvert, arrêtez ici et allez à la situation « J'ai téléchargé, ouvert ou installé quelque chose ».

  • Si un fichier a été téléchargé sans être ouvert, supprimez-le, puis videz la corbeille.

Dans les 24 heures

  • Notez l'adresse du site atteint après le clic. Elle est utile pour le signalement.

  • Surveillez vos comptes et votre messagerie.

J'ai téléchargé, ouvert ou installé quelque chose

Gravité élevée. Un programme a peut-être été installé à votre insu. Il peut enregistrer ce que vous tapez, y compris vos mots de passe, et rester actif après un simple redémarrage. Le réflexe est d'isoler l'appareil, puis de mettre vos accès en sécurité depuis un autre.

Méfiance particulière avec les applications installées hors des boutiques officielles, à partir d'un lien reçu par SMS ou par message.

Immédiatement

  • Coupez le Wi-Fi et les données mobiles de cet appareil, ou débranchez le câble réseau.

  • Ne l'utilisez plus pour vous connecter à quoi que ce soit.

  • Depuis un autre appareil sain, changez le mot de passe de votre messagerie principale en premier. C'est elle qui permet de réinitialiser de nombreux autres comptes.

  • Changez ensuite les accès bancaires, puis les comptes contenant des données sensibles.

  • Si des accès professionnels étaient ouverts sur cet appareil, prévenez votre prestataire informatique.

Dans les 24 heures

  • Faites analyser l'appareil avec un antivirus à jour, ou confiez-le à un professionnel.

  • Activez la double authentification sur les comptes les plus importants.

  • Vérifiez vos opérations bancaires récentes.

Dans la semaine

  • Si l'analyse ne lève pas le doute, ou si la compromission est confirmée, envisagez une réinstallation depuis une source saine. C'est la réponse la plus radicale, à réserver aux cas où les étapes précédentes n'ont pas suffi.

  • Dans ce cas, repartez d'une sauvegarde dont vous pouvez raisonnablement établir qu'elle est saine, idéalement antérieure à l'incident, et ne restaurez que vos documents personnels.

J'ai saisi ou dicté un identifiant ou un mot de passe

Gravité élevée. Considérez que ce compte est entre d'autres mains. Deux réflexes comptent : reprendre la main, puis refermer les portes que l'intrus a pu laisser ouvertes derrière lui. Le second est souvent oublié.

Immédiatement

  • Changez ce mot de passe, en tapant vous-même l'adresse du site dans votre navigateur. Jamais par le lien reçu.

  • Si le même mot de passe servait ailleurs, changez-le partout, en commençant par votre messagerie.

  • Déconnectez toutes les sessions ouvertes depuis les paramètres du compte.

  • S'il s'agit d'un accès bancaire, prévenez votre banque par ses canaux officiels.

Dans les 24 heures

  • Vérifiez les règles de transfert automatique de votre messagerie. Une copie discrète de vos mails permet de rester dans la place sans se faire remarquer.

  • Vérifiez l'adresse de secours et le numéro de téléphone de récupération du compte.

  • Vérifiez la liste des appareils et des applications autorisés, et retirez ceux que vous ne reconnaissez pas.

  • Activez la double authentification.

Dans la semaine

  • Prévenez vos contacts si le compte a pu servir à leur écrire en votre nom.

  • Adoptez un gestionnaire de mots de passe, pour ne plus jamais réutiliser le même.

J'ai laissé quelqu'un prendre le contrôle de mon appareil à distance

Gravité critique. Pendant la session, la personne a vu tout ce que vous voyiez et a pu agir en votre nom. Considérez comme potentiellement exposé tout ce qui était ouvert, enregistré ou automatiquement connecté, y compris ce que vous n'avez pas ouvert vous-même pendant l'échange.

Immédiatement

  • Coupez internet sur cet appareil.

  • Désinstallez le logiciel d'accès à distance. Retenez son nom, il sera utile.

  • Depuis un autre appareil, prévenez votre banque et changez le mot de passe de votre messagerie.

Dans les 24 heures

  • Listez tout ce qui était ouvert ou enregistré sur cet appareil : comptes bancaires, messagerie, espaces professionnels, portefeuilles, fichiers de mots de passe.

  • Changez ces accès dans l'ordre d'importance, toujours depuis un appareil sain.

  • Vérifiez qu'aucune règle de transfert et aucun bénéficiaire n'ont été ajoutés.

  • Faites contrôler l'appareil avant de le réutiliser.

Un accès à distance peut avoir servi à installer autre chose. Faites analyser l'appareil : un contrôle antivirus rassure sans garantir. Si la compromission est confirmée, si des droits d'administration ont été accordés, ou si un doute persiste après analyse, une réinstallation depuis une source saine devient la mesure la plus sûre. C'est particulièrement vrai pour un appareil qui sert à la banque ou à l'activité professionnelle.

B. Votre argent et vos moyens de paiement

Votre banque, ou l'émetteur du moyen de paiement concerné, est le premier interlocuteur, toujours par ses canaux officiels.

Si votre banque est fermée, trois portes restent ouvertes, la nuit comme le week-end.

  • Votre application bancaire, si votre établissement propose cette fonction, permet de bloquer ou de verrouiller la carte en un geste, à toute heure. Selon les banques, il s'agit d'un verrouillage temporaire et réversible, d'une opposition définitive, ou des deux. Suivez ensuite la procédure d'opposition de votre banque.

  • Le numéro d'opposition de votre banque fonctionne en général en permanence, même lorsque le conseil clientèle est fermé. Il figure au dos de la carte, sur vos relevés et dans votre contrat.

  • Le serveur interbancaire d'opposition, au 0 892 705 705, est ouvert 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 si vous ne trouvez pas le numéro de votre banque. C'est un numéro surtaxé. Il vous remet un numéro d'enregistrement, qui constitue une trace datée de votre demande : notez-le. Certains établissements n'y sont pas reliés, et certains contrats demandent une confirmation écrite ensuite.

Attention à ne pas confondre deux choses. Bloquer la carte arrête les paiements à venir. Cela ne conteste pas les opérations déjà passées, et cela ne couvre ni les virements ni les prélèvements. La contestation se fait auprès de votre banque, dès l'ouverture, puis par écrit.

J'ai donné un code reçu par SMS, ou validé une opération dans mon application

Gravité critique. Ce code ou cette validation sont ce qui déclenche une opération, l'ajout d'un bénéficiaire ou l'enregistrement d'un nouvel appareil. C'est le cœur de la fraude dite au faux conseiller bancaire. Attention à une confusion fréquente : le fait qu'une opération ait été validée techniquement ne signifie pas que vous l'avez autorisée au sens de la loi. Traitez la situation comme critique, et laissez la qualification juridique à la procédure.

Un scénario fréquent. Un appel présenté comme urgent, le numéro de votre agence qui s'affiche, une prétendue opération suspecte à annuler, et une demande de validation « pour sécuriser » votre compte. Aucun établissement ne demande de valider une opération pour l'annuler ou la bloquer. Dans ce cas de figure, votre banque est victime d'une usurpation, au même titre que vous.

Immédiatement, c'est la priorité absolue

  • Appelez votre banque sans attendre, par ses canaux officiels : le numéro de votre application, celui de votre relevé, ou celui du dos de votre carte.

  • Demandez le blocage des opérations en cours et de votre accès en ligne.

  • Notez le nom de votre interlocuteur, l'heure de l'appel et le numéro de dossier.

Dans les 24 heures

  • Vérifiez les opérations passées et les virements programmés.

  • Vérifiez la liste des bénéficiaires enregistrés, et signalez tout ajout récent que vous ne reconnaissez pas.

  • Vérifiez les plafonds de paiement et de retrait, souvent relevés à cette occasion.

  • Vérifiez les appareils autorisés pour l'authentification.

  • Confirmez votre contestation par écrit, voir la section 7.

Dans la semaine

  • Déposez plainte, ou signalez selon le cas, voir la section 4.

  • Transmettez le récépissé à votre banque.

Ce que prévoit la loi, à titre d'information. Pour une opération de paiement que vous contestez comme non autorisée, l'article L133-18 du code monétaire et financier prévoit en principe un remboursement immédiat, au plus tard à la fin du premier jour ouvrable suivant la contestation. Cette obligation connaît une exception lorsque le prestataire a de bonnes raisons de soupçonner une fraude de votre part et qu'il les communique par écrit à la Banque de France.

C'est une règle distincte de celle des articles L133-19 et L133-23, qui déterminent dans quels cas une fraude ou une négligence grave du payeur peut lui faire supporter les pertes, et à qui revient la charge de la preuve. Sur ce terrain, la Cour de cassation a écarté la négligence grave dans les circonstances particulières d'une fraude par usurpation du numéro de la conseillère, le 23 octobre 2024. Ce n'est pas une règle automatique : chaque dossier s'apprécie sur ses propres faits.

Votre démarche passe par votre banque, puis, après une réclamation écrite, si la réponse ne vous convient pas, par son médiateur. Ces éléments sont donnés à titre d'information et ne constituent pas un conseil juridique.

J'ai remis ma carte, mon chéquier ou mon téléphone à quelqu'un

Gravité critique. C'est la variante dite du faux coursier. Après l'appel, une personne se présente à votre domicile pour récupérer la carte, sous prétexte de la détruire ou de la mettre en sécurité. Elle sert ensuite à des retraits et des achats.

Immédiatement

  • Faites opposition auprès de votre banque, par ses canaux officiels.

  • Signalez explicitement que la carte a été remise en main propre à un tiers, et que le code a pu être communiqué.

  • Si un téléphone a été remis, faites bloquer la ligne par votre opérateur et changez les mots de passe des comptes qui y étaient connectés.

Dans les 24 heures

  • Notez l'heure du passage, le lieu, la description de la personne, le véhicule s'il y en avait un.

  • Vérifiez si votre immeuble ou votre rue dispose d'une vidéosurveillance, et demandez la conservation des images sans attendre.

  • Déposez plainte. Le vol de carte bancaire suivi d'utilisations frauduleuses fait partie des atteintes aux biens couvertes par le service Plainte en ligne, lorsque l'auteur est inconnu. Le formulaire vérifie votre éligibilité, et vous oriente vers un commissariat ou une gendarmerie si votre cas n'entre pas dans son périmètre.

J'ai payé, viré de l'argent, ou acheté des coupons prépayés

Gravité élevée à critique. Ici, le temps joue contre vous. Un paiement par carte, un virement classique et un virement instantané n'obéissent pas aux mêmes règles ni aux mêmes délais. Pour un paiement ou un virement bancaire, contactez immédiatement votre banque pour savoir quelles actions restent possibles sur votre dossier. Pour un coupon prépayé ou un autre moyen de paiement, contactez également son émetteur ou le prestataire concerné.

Immédiatement

  • Contactez votre banque par ses canaux officiels et indiquez précisément le type d'opération, le montant, l'heure et le bénéficiaire.

  • Demandez ce qui reste possible sur votre cas, et conservez la trace de cet échange.

  • S'il s'agit de coupons prépayés, appelez l'émetteur du coupon sans attendre. Ne communiquez les codes à personne d'autre, et conservez les tickets de caisse.

Dans les 24 heures

  • Confirmez votre contestation par écrit, voir la section 7.

  • Rassemblez les justificatifs : relevés, captures, échanges, références d'opération.

  • Pour un achat frauduleux par carte, quand votre carte est toujours en votre possession et que l'opposition est faite, le signalement Perceval fournit un récépissé utile à votre dossier.

Dans la semaine

  • Déposez plainte, puis transmettez le récépissé à votre banque.

  • Si la réponse écrite de votre banque ne vous convient pas, ou si aucune réponse ne vous parvient dans le délai applicable, vous pourrez saisir gratuitement son médiateur. Une réclamation écrite préalable est nécessaire : conservez-en la preuve.

Bon à savoir. Le délai pour signaler une opération non autorisée est en principe de treize mois à compter du débit, en application de l'article L133-24 du code monétaire et financier. Dans le cas particulier prévu par l'article L133-1-1, qui vise les opérations par carte non autorisées lorsque le prestataire du bénéficiaire est situé hors de l'Espace économique européen, ce délai est ramené à soixante-dix jours, votre contrat pouvant le prolonger sans dépasser cent vingt jours. N'attendez jamais l'échéance : plus la contestation est rapide, mieux le dossier se tient.

C. Vos cryptoactifs

Une transaction confirmée sur une blockchain est en principe irréversible. Seule la vitesse compte.

J'ai communiqué ma phrase de récupération, ou ma clé privée

Gravité critique. Cette phrase n'est pas un mot de passe : elle permet de recalculer les clés de tous les comptes qui en dérivent. Considérez comme compromis l'ensemble des comptes auto-hébergés issus de ce secret, sur chaque blockchain concernée. Une transaction confirmée sur une blockchain publique est en principe irréversible et ne peut généralement pas être annulée sur la blockchain elle-même. Cela ne vous empêche ni de documenter les faits, ni de porter plainte, ni de contacter sans attendre une plateforme centralisée si elle est impliquée.

On ne répare pas un portefeuille compromis. On l'abandonne. Changer le code de l'appareil ne sert à rien, la phrase reste valable. Tout dépend maintenant de votre vitesse. Une nuance : si vous utilisiez une phrase de passe supplémentaire que vous n'avez pas communiquée, les comptes qui en dépendent ne sont pas atteints de la même façon. Ne pariez pas dessus pour autant.

Immédiatement, chaque minute compte

  • Depuis un ordinateur sain, générez un portefeuille neuf, dont la phrase est créée sur l'appareil physique et n'a jamais été saisie ailleurs.

  • Transférez la totalité de vos avoirs vers ce nouveau portefeuille.

  • N'oubliez aucun compte ni actif contrôlé par des clés dérivées de cette phrase, sur aucune blockchain : ce qui reste en place demeure exposé et pourra être récupéré plus tard.

  • Pensez aux avoirs immobilisés : staking, prêt, fourniture de liquidité. Leur sortie prend parfois plusieurs jours, lancez-la tout de suite.

Dans les 24 heures

  • Ne renvoyez plus jamais de fonds vers l'ancien portefeuille, même pour un test.

  • Mettez à jour les adresses de retrait enregistrées sur vos plateformes d'échange.

  • Relevez les identifiants des transactions frauduleuses et les adresses de destination.

  • Déposez plainte. Les identifiants de transaction sont des éléments exploitables.

Si les fonds sont déjà partis, la restitution est très improbable. Concentrez-vous sur trois choses : sécuriser ce qui reste, documenter précisément la fraude, et refuser toute proposition de récupération qui viendrait ensuite, voir la section 5. Si une partie de vos avoirs était détenue sur une plateforme centralisée, celle-ci contrôle les comptes qu'elle héberge et peut parfois agir : contactez son support sans attendre.

J'ai connecté mon portefeuille à un site et signé une autorisation

Gravité élevée. Votre phrase de récupération n'a pas fuité, et c'est une bonne nouvelle. Mais tout ce que l'on signe ne se vaut pas, et la conduite à tenir en dépend. Se connecter à un site ne donne en soi aucun droit de dépense. Une autorisation classique, dite approbation ou allowance, autorise un contrat à déplacer vos jetons et se révoque. Certaines signatures hors chaîne, dont Permit ou Permit2, peuvent créer ou permettre ultérieurement des droits de dépense : leur effet et les moyens de les retirer dépendent du mécanisme employé, et certaines restent utilisables plusieurs jours après.

Immédiatement

  • Déconnectez le portefeuille du site.

  • Révoquez les autorisations accordées, depuis l'outil de révocation de votre portefeuille ou un service de révocation reconnu, sur chaque blockchain concernée.

  • Si vous ne savez pas précisément ce que vous avez signé, inspectez et retirez les permissions lorsque votre outil le permet. Si le doute subsiste, ou si des actifs restent exposés, transférez-les vers un portefeuille sain.

  • Si la signature portait sur un transfert déjà exécuté, considérez les jetons concernés comme perdus.

Dans les 24 heures

  • Déplacez vos avoirs de valeur vers un portefeuille qui n'a jamais interagi avec ce site.

  • Relevez l'adresse du contrat et les identifiants de transaction, pour votre plainte.

  • Passez en revue les autorisations anciennes, souvent oubliées.

Comment situer la gravité. S'il s'agissait d'une simple autorisation, correctement révoquée, et qu'aucun autre secret n'a été communiqué, le portefeuille reste utilisable. Dans tous les autres cas, notamment si un doute subsiste sur la nature de la signature, traitez la situation comme la case précédente et migrez. Une précision utile : l'absence de frais de réseau indique seulement qu'il s'agit peut-être d'une signature hors chaîne. Ce n'est pas en soi le signe d'une signature malveillante.

3. Conservez vos preuves avant de supprimer

Le premier réflexe conseillé face à un message frauduleux est de le supprimer. Il est bon, mais seulement une fois les preuves mises de côté. Elles facilitent considérablement l'enquête. Leur absence ne doit toutefois jamais vous empêcher de porter plainte : les services sont tenus d'enregistrer la plainte d'une victime d'infraction.

  • Pour un mail : conservez le message d'origine, si possible en l'enregistrant au format .eml depuis votre logiciel de messagerie. Une capture d'écran seule perd les informations techniques cachées.

  • Pour un SMS : faites une capture montrant clairement le numéro de l'expéditeur, avant de transférer le message au 33700.

  • Pour un appel : notez l'heure, la durée, le numéro affiché, et faites une capture de votre journal d'appels.

  • Pour un courrier : gardez l'enveloppe et le document, sans scanner le QR code.

  • Dans tous les cas : les adresses de sites atteints, les références d'opération, les montants et les identifiants de transaction.

Consignez ensuite les faits pendant qu'ils sont frais, heure par heure : ce que vous avez donné, saisi ou validé, et ce que vous avez fait ensuite. Ce document servira à votre banque, à votre plainte et à votre assureur.

4. Signaler et porter plainte

Signaler et porter plainte sont deux démarches différentes. La première alimente la lutte collective, la seconde ouvre votre dossier. Signalez la tentative dans tous les cas, même si vous n'êtes tombé dans aucun piège. Portez également plainte si vous avez subi un préjudice, une utilisation de vos données ou de vos moyens de paiement, en choisissant le dispositif adapté.

  • 17Cyber : le point d'entrée quand vous ne savez pas par où commencer. Un diagnostic en ligne identifie la situation, donne des recommandations adaptées et permet d'échanger avec un policier ou un gendarme lorsque la gravité le justifie. Gratuit, ouvert en permanence, pour les particuliers comme pour les entreprises.

  • Info Escroqueries, 0 805 805 817 : pour être conseillé et orienté par téléphone. Appel et service gratuits, du lundi au vendredi de 9 h à 18 h 30.

  • 33700 : pour les SMS et les appels frauduleux. Transférez le SMS au 33700, puis suivez les instructions envoyées en retour. Pour un appel ou un message vocal, envoyez par SMS « SPAM VOCAL » suivi du numéro concerné, celui qui vous a appelé ou celui que l'on vous demande de rappeler. Un formulaire de signalement et un envoi par capture d'écran existent aussi sur le site.

  • Signal Spam : pour les mails frauduleux.

  • PHAROS : pour signaler un site ou un contenu illicite. Un signalement PHAROS n'est pas une plainte et n'ouvre pas de dossier à votre nom.

  • Perceval : pour les achats frauduleux réalisés en ligne avec les données de votre carte, à trois conditions : vous êtes toujours en possession de la carte, vous n'êtes pas à l'origine des paiements, et l'opposition est déjà faite. Vous obtenez un récépissé à transmettre à votre banque. Ce signalement ne remplace pas la demande de remboursement.

  • Plainte en ligne : pour porter plainte sans vous déplacer, en cas d'atteinte à vos biens commise en France par une personne dont vous ignorez l'identité. Cela couvre notamment le vol de carte bancaire suivi d'utilisations frauduleuses et les escroqueries commises hors internet. Le formulaire vérifie d'abord votre éligibilité.

  • THESEE : pour porter plainte en ligne dans certains cas d'escroquerie commise sur internet, lorsque la relation avec l'auteur est restée virtuelle. Le site indique si votre situation entre dans les cas couverts.

  • Commissariat ou gendarmerie : pour tout ce qui sort du périmètre de ces téléservices, auteur identifié, atteinte aux personnes, situation complexe. Personne ne peut vous imposer une procédure en ligne à la place d'une plainte, et un service ne peut pas refuser de l'enregistrer.

Pensez aussi à prévenir l'organisme dont l'identité a été usurpée. Il peut engager une demande de retrait du site frauduleux et alerter ses autres clients, sans pouvoir garantir sa fermeture.

5. La deuxième vague

C'est un piège particulièrement cruel, et il vise précisément les personnes qui viennent d'être victimes. Vos coordonnées peuvent désormais circuler dans des listes de victimes, qui se revendent.

Parmi les rôles fréquemment usurpés : le service fraude de la banque qui rappelle « suite à votre signalement », l'enquêteur ou le policier qui annonce avoir retrouvé les fonds, l'avocat qui propose une action collective, la société spécialisée en récupération d'actifs, le prétendu agent d'un organisme public. Le mécanisme, lui, varie peu : redonner de l'espoir, puis demander une avance ou de nouvelles informations.

Si vous cherchez une aide professionnelle réelle, passez par des prestataires référencés ou labellisés ExpertCyber, accessibles depuis cybermalveillance.gouv.fr. C'est vous qui les contactez, jamais l'inverse.

6. Si cela concerne votre entreprise

  • Prévenez votre prestataire informatique et isolez le poste concerné du réseau.

  • Prévenez vos collaborateurs, la même campagne les vise probablement.

  • Déclarez l'incident à votre assureur. Certains contrats imposent une déclaration et un dépôt de plainte dans un délai court, à vérifier dans vos conditions.

  • Si des données personnelles de clients, de salariés ou de partenaires ont pu être touchées, documentez la violation dans votre registre interne, dans tous les cas. La notification à la CNIL, dans les soixante-douze heures après en avoir pris connaissance, s'impose lorsque la violation est susceptible d'engendrer un risque pour les droits et libertés des personnes. Si ce risque est élevé, les personnes concernées doivent aussi être informées.

  • Prévenez votre expert-comptable si des coordonnées bancaires ou des factures sont en jeu.

  • Vérifiez les coordonnées bancaires de vos fournisseurs avant tout paiement dans les semaines qui suivent.

7. Modèles de messages

À compléter et à envoyer par écrit, après votre appel. L'écrit date votre démarche et sert de preuve.

Message à votre banque

Objet : Contestation d'opérations non autorisées, compte n° [numéro]

Madame, Monsieur,

Je conteste la ou les opérations suivantes, que je n'ai pas autorisées : [date, heure, montant, bénéficiaire, référence, pour chaque opération].

Contexte : le [date] à [heure], j'ai été contacté par [téléphone, SMS, mail] par une personne se présentant comme [qualité annoncée]. [Décrire en trois lignes ce qui a été demandé et ce qui a été communiqué ou validé.]

J'ai signalé les faits par téléphone le [date] à [heure], auprès de [nom de l'interlocuteur si connu], sous la référence [numéro de dossier].

Je vous demande de bloquer les opérations en cours, de me confirmer par écrit les mesures prises, et de m'indiquer la suite réservée à ma contestation. Le cas échéant, vous trouverez ci-joint le récépissé de mon signalement ou de ma plainte, daté du [date].

Je reste à votre disposition pour tout élément complémentaire.

[Nom, prénom, coordonnées, date]

Message à une plateforme ou à un service en ligne

Objet : Compromission de mon compte [identifiant] le [date]

Bonjour,

Mon compte a été compromis le [date] vers [heure], à la suite d'une tentative d'hameçonnage. [Préciser : mot de passe saisi sur un faux site, code de validation communiqué, application installée.]

J'ai déjà changé le mot de passe, déconnecté les sessions actives, activé la double authentification, vérifié les règles de transfert et les appareils autorisés.

Je vous demande de bloquer toute opération en cours, de me transmettre l'historique des connexions et des modifications intervenues depuis le [date], et de m'indiquer les mesures que vous prenez.

[Nom, prénom, coordonnées, date]

8. Pourquoi vous n'avez pas été naïf

À lire une fois la crise passée. Ce n'est pas un détail de confort : la honte empêche de signaler, de porter plainte et d'en parler autour de soi.

Le 10 septembre 2026, le fabricant de portefeuilles matériels Trezor a publié un communiqué sur un incident survenu la veille chez Brevo, la plateforme qu'il utilise pour ses envois de newsletters. Selon ce communiqué, un acteur non autorisé a accédé au système de Brevo, incident affectant 120 comptes clients, dont celui de Trezor, et a envoyé depuis ce compte un faux message intitulé « Critical Security Alert: STM32 Entropy Vulnerability ». La base concernée compte environ 347 000 adresses. Le lien conduisait au téléchargement d'une application qui demandait ensuite la phrase de récupération. Trezor indique avoir neutralisé le domaine au niveau DNS en une vingtaine de minutes, environ 2 500 personnes ayant cliqué avant la coupure, et précise qu'un simple clic n'expose pas les fonds : seule la saisie de la phrase le fait.

Pourquoi le message paraissait authentique ? Parce que Brevo achemine les envois de Trezor via le domaine de Trezor, ce que le communiqué confirme en expliquant que la coupure DNS a suffi à désactiver le lien. Des destinataires ont par ailleurs rapporté que les contrôles automatiques d'authentification des messages étaient valides. Ce dernier point relève de l'observation publique et non du communiqué officiel.

Le contenu était tout aussi soigné. Il reprenait une faille d'entropie réelle et récente, survenue quelques semaines plus tôt sur des appareils Coldcard, et se contentait d'en changer la victime. Trezor avait d'ailleurs publié en août un article expliquant pourquoi ses propres appareils n'étaient pas concernés. Le faux message rappelait même la règle de sécurité fondamentale, ne jamais saisir sa phrase de récupération sur un site, pour installer la confiance, avant d'amener la cible vers une procédure « exceptionnelle » qui la lui faisait contourner.

La leçon compte plus que l'anecdote. Vérifier le nom de l'expéditeur ne suffit plus. Ces contrôles prouvent qu'un serveur avait le droit d'envoyer au nom d'un domaine. Ils ne prouvent pas que la personne aux commandes de ce compte d'envoi était légitime. La seule question qui protège encore est celle-ci : qu'est-ce qu'on me demande de faire, et est-ce que je peux le vérifier par un canal que j'ouvre moi-même ?

9. À faire une semaine plus tard

  • Relisez vos relevés bancaires ligne à ligne, y compris les petits montants. Toute opération que vous ne reconnaissez pas doit être vérifiée.

  • Vérifiez que vos changements de mots de passe ont tenu, et que rien n'a été rétabli à votre insu.

  • Vérifiez à nouveau les règles de transfert de votre messagerie.

  • Classez vos preuves, récépissés et échanges dans un même dossier.

  • Considérez l'adresse ou le numéro concernés comme durablement exposés, et attendez-vous à d'autres tentatives.

  • Parlez-en autour de vous. C'est ce qui protège vos proches de la même campagne.

Ne plus revivre cela

Ce protocole traite l'urgence. Il ne remplace pas les réflexes qui font qu'on ne clique pas, et il suppose que vous ayez cette page sous la main au bon moment. La carte réflexe, elle, tient dans un tiroir et fonctionne même quand votre appareil ne fonctionne plus.

Document pédagogique. Ce contenu n'est ni une prestation de réponse à incident, ni un service de récupération de fonds, ni un conseil juridique, financier ou fiscal. Il ne se substitue pas aux procédures de votre banque, de votre assureur ou des autorités, vers lesquelles il vous renvoie systématiquement. Aucune assistance individuelle n'est proposée depuis cette page.

Alligator Forge. Gouverner ce qui a de la valeur. Les dispositifs officiels, coordonnées et délais mentionnés évoluent : ils sont vérifiés à la date indiquée et doivent être confirmés sur les sites officiels cités. Dernière vérification : 12 septembre 2026. Prochaine revue prévue : septembre 2027.

Victime d'une arnaque : que faire maintenant ? Protocole d'urgence